« Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». (Jean-Claude Juncker)

L’Union Européenne, ou « l’extrême centre » contre la souveraineté des peuples. Mise en garde à nos amis Norvégiens sur l’entrée dans l’UE.

 

Lors du référendum du 28 novembre 1994, le peuple norvégien avait rejeté de manière très nette et pour la deuxième foi de son histoire, l’adhésion à l’Union européenne, avec 52,2 % de « non ». Cependant, un compromis avait été trouvé à travers l’accord EØS (Espace économique européen), permettant à la Norvège d’accéder au marché intérieur européen sans devenir membre de l’UE.

Le 28 novembre 2024, la Norvège commémorait ainsi l’anniversaire du deuxième « non » à l’adhésion à l’UE. À cette occasion, de nombreux partisans norvégiens du « oui » à l’Union européenne ont pris la parole, exprimant leur souhait de relancer un troisième référendum. Ils affirment que, dans le contexte géopolitique tendu en 2024, la démocratie et l’économie norvégiennes seraient plus fortes et mieux garanties avec une Norvège membre de l’UE, plutôt qu’une Norvège libre et indépendante hors de l’UE.

A travers des citations de leaders européens reprises dans cet article, nous rappelons l’état d’esprit qui structure les convictions politiques de leurs partisans.

Ces citations, illustrées par quelques rappels de faits historiques marquants, sont stupéfiantes par la vision unique qu’elles dessinent, le caractère prométhéen qu’elles affirment, la défiance envers le peuple qu’elles démontrent – et l’hubris dont elles témoignent. A l’instar d’un Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, qui se demandait l’année dernière « pourquoi ne pas contourner la souveraineté » !

Ce trait anti-démocratique de l’UE peut être résumé par le concept d’« extrême centre », avancé par de nombreux analystes politiques critiques.

En 2024, le fiasco du projet libéral-mondialiste européen ne peut plus être dissimulé.

Le bilan est en effet désastreux, comme en témoignent des faits marquants :

  • Un effondrement économique en cours, sur fond de crise écologique majeure et de crise sociale grandissante ;
  • Une crise énergétique généralisée qui sape l’indépendance de l’UE, et qui est symbolisée par un marché de l’électricité spéculatif aussi idéologique, kafkaïen que ruineux ;
  • Une absence de solidarité flagrante lors de la récente crise du Covid-19, comme en témoigne l’Italie, contrainte de faire appel à des médecins cubains et russes, face à l’égoïsme de ses voisins qui se sont repliés sur leurs vieux réflexes nationalistes ;
  • Une diplomatie désastreuse qui a rendu possible la guerre en Ukraine avec le risque sérieux d’un dérapage thermonucléaire généralisé, alors que les objectifs initiaux des fondateurs de l’UE étaient d’éviter toutes nouvelles guerre sur le continent.

Les conséquences de cet échec sont aujourd’hui visibles :

  • Un rejet croissant de l’Union européenne et de ses élites politiques par les peuples ;
  • Une montée des extrêmes droites dans la quasi-totalité des pays ;
  • Une impuissance diplomatique et une perte de légitimité sur la scène mondiale, accompagnées d’une montée du sentiment anti-occidental à l’échelle mondiale, alimentée par les accusations légitimes de « double standard » et d’incohérence avec les valeurs que l’Occident prétend incarner et défendre ;

Les européens ne rejettent pas le principe d’une union des peuples d’Europe en tant que telle, mais l’échec de son projet idéologique actuel. La Constitution européenne de 2005, imposée de manière autoritaire à de nombreux pays, dont la France, a inscrit dans le marbre une orientation exclusivement libérale-mondialiste, limitant toute alternative politique et économique de fond. Qu’en est-il de la démocratie dans ces conditions ? Qu’en est-il des solutions à la crise écologique si la croissance économique est un dogme constitutionnalisé  ?

Le peuple norvégien souhaite-t-il vraiment abdiquer une grande partie sa souveraineté  acquise il n’y a pas si longtemps ?

Nous espérons que les rappels factuels de cet article aideront nos amis norvégiens à prendre conscience du caractère intrinsèquement autoritaire de l’Union européenne telle que définie à ce jour, sans possibilité de changements réels.

L’Europe ne fait plus rêver. Il est impératif de relancer un projet européen véritablement démocratique, porté par les peuples et non contre eux !

 

Recueil de citations et dates clés concernant l’UE :

18 janvier 1957 :

Célèbre discours prémonitoire de Mendès France à l’Assemblée nationale française, dans lequel il refuse le projet d’Europe fédérale (CEE) qu’il considérait incompatible avec la souveraineté démocratique du peuple de France :

 » L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » (Source : Marché commun européen, dans Journal officiel de la République française. 19 janvier 1957, n° 3, p. 159-166.).

 

1992 :

« Le traité de Maastricht est une assurance contre le retour du socialisme en Europe. »

(Alain Minc, dans le cadre des débats liés à la ratification du traité de Maastricht).

Minc reconnait sans détour que l’Union européenne est conçue comme un projet libéral éloigné des aspirations sociales ou démocratiques des peuples européens, sans alternative possible. Le destin mondialiste de l’Europe est scellé.

 

1999 :

« Nous décidons quelque chose, nous le mettons sur la table et attendons un peu pour voir ce qui se passe. Si personne ne proteste beaucoup, parce que la plupart des gens ne comprennent pas ce qui a été décidé, alors nous continuons – pas à pas, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de retour possible.« 

Juncker (lors d’une interview en 1999).

 

2005 :

Référendums : le NON à la constitution européenne gagne très largement en France (54,68%) et aux Pays-Bas (61,54%).

 

2005 :

« Les référendums rendent les choses plus compliquées.« 

JC Juncker, président de la Commission européenne, a exprimé la préférence de la Commission Européenne pour des décisions prises au niveau supranational plutôt que par référendum populaire (Rappel: la commission est non élue et non responsable devant le parlement, et est composee de commissaires nommes directement par les chefs des Etats membres. Il y a donc melange de l’Executif et du Legislatif, en contradiction totale avec les principes de separations ennonces par Montesquieu dans « De l’esprit des lois » (1748)). Juncker considérait la souveraineté populaire comme un obstacle à la mise en œuvre des projets européens…

 

2005-2007 :

Création du groupe Amato, officiellement nommé « Comité d’action pour la démocratie en Europe », présidé par Giuliano Amato (ancien Premier ministre italien), afin de contourner le « non » exprimé démocratiquement par les Français et les Néerlandais. Ce groupe, composé d’experts européens et de responsables politiques pro-oui dont faisait partie Michel Barnier, a proposé le traité de Lisbonne, qui n’était en réalité qu’une reformulation de la Constitution européenne rejetée en 2005.

 

2007 :

Le traité de Lisbonne est ratifié par le Parlement français, contre l’avis du peuple français, qui s’était exprimé par référendum en 2005. Bien que légal, ce vote constitue l’une des violations les plus flagrantes de la souveraineté populaire du peuple français. Cette violation entache l’adoption du traité constitutionnel européen d’une illégitimité démocratique fondamentale dès sa naissance.

 

2007 :

« Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-ce intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »

(Jean-Claude Juncker, 3 juillet 2007, The Daily Telegraph, dans Mini-traité européen – La Constitution par la force, Paris (éd. Fr.-X. de Guibert), 2007, p. 11, cité par Patrice André).

 

2007 :

« Les outils sont exactement les mêmes, seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils »,

tribune publiée dans Le Monde, Valéry Giscard d’Estaing.

Phrase qui se réfère se réfère à la comparaison entre la Constitution européenne rejetée en 2005 par le peule et le traité de Lisbonne adopté ensuite en 2007 par les deputes . L’ancien président de la Répulique explique que les changements étaient essentiellement formels, tandis que le contenu restait fondamentalement identique mais sous une présentation différente pour éviter une nouvelle opposition populaire.

 

2015 :

« Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

Citation de Jean-Claude Juncker, prononcée lors de la crise grecque, après l’élection d’un gouvernement de gauche promettant un référendum sur les réformes économiques imposées par l’UE. Juncker rappelle qu’une fois les traités européens ratifiés, les pays sont obligés de respecter les règles de l’UE, indépendamment des résultats démocratiques nationaux, puisque la constitution de l’UE prime sur les parlements nationaux.

Rappel : L’UE dispose de compétences exclusives dans des domaines tels que la politique commerciale, la concurrence, la monnaie (dirigée par la Banque centrale européenne non élue, qui ne rend des comptes à personne), la politique migratoire, les procédures de sanction pour déficit budgétaire excessif, etc. Dans tous ces domaines essentiels, les peuples de l’UE ont perdu toute possibilité démocratique de décider souverainement de leur destin.

Ces pouvoirs de l’UE sont en conflit avec l’article 3 de la constitution française, qui stipule que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »

 

2023 :

« Pourquoi ne pas contourner la souveraineté ? »

Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, ancien membre du Parti Socialiste français, cité dans l’article « L’aveu des maîtres : ce que prônent ouvertement les élites mondialisées » par Richard de Sèze, 18/11/2024, Le Journal du Dimanche. Pascal Lamy défend lui aussi l’idée que l’UE doit faire fi des souverainetés populaires…

 

22 novembre 2023 :

Le Parlement européen a adopté une résolution préconisant la réforme des traités de l’UE afin de généraliser l’usage de la majorité qualifiée dans le processus décisionnel au Conseil de l’Union européenne. L’objectif est de remplacer les décisions nécessitant actuellement l’unanimité, notamment dans des domaines de compétences exclusives de l’UE (voir ci-dessus), par un système où seule la majorité qualifiée serait requise, entraînant ainsi la disparition du droit de veto.

Ce changement serait majeur, car il rendrait définitivement caduc le Parlement français en faisant de la Commission européenne le seul véritable gouvernement exécutif de l’UE. Tant au Parlement européen qu’à l’Assemblée nationale, les macronistes, les Républicains, le PS, les centristes et les Verts ont voté en faveur de cette extension des pouvoirs de l’UE, actant ainsi leur volonté de supprimer définitivement la souveraineté du peuple français. Au profit de quoi ? De qui ?

Lorsque cette résolution sera ratifiée, l’Union européenne gouvernera durablement sans et contre ses peuples, grâce à une Commission non élue concentrant à la fois les pouvoirs exécutifs et législatifs. Cette « autorité extérieure » pourra ainsi réaliser son vieux rêve techno-oligarchique : se passer des peuples gênants et gouverner seule, abritée derrière le camouflage démocratique d’un parlement croupion.

Il aura fallu 68 ans pour que l’histoire donne raison à Pierre Mendès France…

Le peuple Norvégien veut-il vraiment de cette Europe-là ?

 

OsloKafePhilo le 07/12/2024, (Le Rétif).


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