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« Les vices privés font la prospérité publique ». Les erreurs paradigmatiques fondatrices des sciences économiques modernes

« ON A CONFIÉ LE DESTIN DU MONDE AUX PERVERS »

Dany-Robert DUFOUR est philosophe. Il est d’auteur de nombreux livres parmi lesquels on peut retrouver : « L’individu qui vient » et « Le divin marché ». 
Dans cette interview par Carla Costantini pour Élucid, il met en lumière la perversité de notre système mandevillien. 
QUI EST BERNARD DE MANDEVILLE ?
Bernard de Mandeville (1670–1733) était un philosophe et économiste néerlandais, connu pour sa théorie selon laquelle les vices individuels mènent à des bienfaits sociaux et économiques.
Sa philosophie est résumée principalement dans son ouvrage le plus célèbre, La Fable des Abeilles (1714).
Ses idées ont eu une influence majeure sur la pensée économique des sociétés modernes.
MANDEVILLE, PIONNIER DE LA PENSEE NEOLIBERALE CONTEMPORAINE :
Dans sa Fable des Abeilles, contrairement à La Fontaine qui concluait toujours pas des principes moraux fondamentaux, Mandeville propose une morale amorale: « Les vices privés font la prospérité publique ».
Il prend à contre pied la pensée de l’époque qui affirmait que pour que le tout social soit vertueux, il fallait que toutes les parties le soient aussi.
Mandeville propose le contraire : c’est avec des parties vicieuses que l’on pourra avoir un tout vertueux !

Il illustre ce paradoxe avec de nombreux exemples qui montrent que lorsque les gens se laissent aller à leur vice dans la société, ça produit des « poches » d’argent, qui sont ensuite redistribuées dans la société : La recherche du profit personnel amoral stimule l’économie, crée des emplois et favorise l’innovation. Ainsi par exemple, un juge pourri, va selon Mandeville, accumuler des fortunes énormes grâce à la corruption, et va pouvoir se construire un beau château, et donc faire travailler des artisans, architectes, etc. Ce qui profitera à toute la société au final !

C’est cette équation tout à fait scandaleuse « Les vices privés = prospérité publique » que Mandeville parvient à faire admettre dans son époque, et qui survit toujours en 2024 comme on le constate massivement dans la société.
Il faut confier les rênes de la société aux pires des hommes nous dit Mandeville (les plus égoïstes, immoraux, ambitieux, cyniques), car eux n’hésiteront jamais et feront tout ce qui leur est possible de faire pour s’enrichir.
Mandeville réussit ainsi à faire admettre un renversement philosophique des valeurs morales communément admises jusqu’à son époque.
C’est ce renversement des valeurs que le philosophe Dany-Robert DUFOUR prend comme point de départ pour le fondement du libéralisme, qui deviendra ensuite le néo-libéralisme.
DÉCRYPTAGE DE LA THÉORIE DE MANDEVILLE:
Mandeville explique que pour faire passer sa théorie scandaleuse, il faut un système politique très efficace capable de faire accepter ce qui est inacceptable.
Pour cela Mandeville propose une « politique de la flatterie »:
1- Dire aux gens qu il faut modérer ses exigences et leur demander d’être vertueux,
2- Pour modérer les gens, la société doit leur donner une rétribution en compensation,
3- Mandeville constate que la société n’aura jamais assez d’argent pour payer tout le monde !
4- Et donc il faut que la société paye ces gens avec une monnaie qui ne coûte rien : la flatterie ! Dire aux gens qu ils sont formidablement vertueux, bons, etc.
5- Mandeville affirme que sa « méthode » produira trois classes :
  • Une classe qui ne croit pas du tout à ces vertus : les voleurs, les truands, mendiants, prostituées, etc. Cette classe, marginale en nombre, ne respectera pas la recommandation de Mandeville d’être vertueux (CF 1).
  • Une classe qui va croire à ces flatteries. Elle se croira vertueuse et va se modérer par elle-même. Cette classe, la plus nombreuse de loin, respectera  la recommandation de Mandeville. Pour Mandeville cette classe numéro 2 n’existe que pour le profit de la troisième classe.
  • Une troisième classe qui aura deux aspects : 1- elle affirmera qu’elle est vertueuse, mais 2- en sous main elle sera aussi vicieuse que la classe 1, et va chercher à profiter de la classe vertueuse numéro 2 qui crée la richesse sociale par son travail (et qui ne cherche pas à se rebeller puisqu’elle croit aux flatteries).
Pour Mandeville, seuls les pires des hommes sont capables d’être assez cyniques pour faire partie de la classe numéro 3.
Ils chercheront à s’enrichir par tous les moyens possibles, par le vice si nécessaire, et en écrasant tous les autres s’il le faut.
Et cela bénéficiera à toute la société, car leurs richesses accumulées par le vice et en écrasant les autres, seront ensuite redistribuées dans toute la société « vertueuse » (exemple du juge ci dessus) !
C ‘est la première théorie du ruissellement, qui est toujours en vigueur aujourd’hui !
Quand par exemple Macron supprime l’impôt sur la fortune en invoquant le bénéfice du « ruissellement », le fondement idéologique qui justifie cette politique tire son origine directement dans la théorie de Mandeville.
Mandeville a été extrêmement célèbre dans son temps. Marx le site et l’utilise favorablement. Voltaire en parle, etc.
Il a eut une influence décisive dans la pensée économique moderne qui dure encore aujourd’hui.
RÔLE D’ADAM SMITH DANS LA DIFFUSION DES IDÉES DE MANDEVILLE :
Le plus célèbre disciple de Mandeville fut Adam Smith, fondateur de la pensée économique moderne.
Mandeville était un fondateur : tout est dit dans sa théorie initiale sans détour, y compris ce qu’il ne faut pas dire !
C’était tellement scandaleux à l’époque, qu’il a fallu « blanchir » ses idées. C’est ce qu’a parfaitement réalisé Adam Smith.
Adam Smith a repris tous les grands thèmes de Mandeville mais au lieu de parler du « vice » moralement inacceptable, il parle de « self love »/ »amour de soi ».
Les principes complètement pernicieux de Mandeville transformé en « self love » acquièrent une respectabilité sociale et théorique dans la théorie de Smith.
Ainsi avec Adam Smith l’équation « Les vices privés = prospérité publique », devient : « L’amour de soi/a recherche de son intérêt personnel = prospérité publique ».
Selon Adam Smith, la poursuite de l’intérêt personnel est seule capable de bénéficier à la société dans son ensemble. Variante présentable des idées de Mandeville, mais le fond est le même.
Toutes les théories économiques sur lesquelles nous fonctionnons encore sont nées sur ce « refoulement » des termes initiaux licencieux de Mandeville.
REMISE A L’HONNEUR DE MANDEVILLE PAR FRIEDRICH HAYEK AU XXE SIÈCLE :
Le célèbre économiste Hayek utilise Mandeville pour revitaliser le capitalisme en perte de vitesse après 1945.
Le but de Hayek était de refonder le libéralisme sur des principes radicaux qu’il est allé chercher chez Mandeville (qui depuis Smith avait été « oublié »/ »blanchi » car trop licencieux…).
Hayek fera de nombreuses conférences où il présentera Mandeville comme le « master mind », littéralement le maître à penser de cette nouvelle école économique que sera le néo-libéralisme.
Armé des idées de Mandeville, Hayek fonde la société du Mont Pèlerin en Suisse en 1947, avec 30 autres économistes. 8 deviendront des prix Nobel d’économie par la suite.
Avec la naissance de la théorie néo-libérale apparaîtra la théorie du ruissellement (trickle-down theory), très directement inspirée de Mandeville.
Hayek aura une influence importante dans la naissance de l’école de Chicago avec Milton Friedman par exemple, dont Pinochet expérimentera les théories au Chili après le coup d’État.
Puis Margaret Thatcher en 1979 et Ronald Reagan après 1980 les mettront en œuvre leurs politiques néolibérales sur le retour d’expérience chilien.
En 2024, ces théories sont toujours en vigueur, renforcées avec la systématisation du rôle de l’État qui est mis au service de de la poursuite du projet mandevillien…
Ainsi par exemple  en 2024, les cadeaux fiscaux scandaleux offerts aux ultra riches et leurs grandes entreprises, ne s’expliquent que par la pensée mandevillienne: cynisme, écrasement des autres à tout prix, immoralisme, corruption généralisée des pires salauds propulsés au sommet de la société, sont justifiés et acceptés par la société « vertueuse » (groupe mandevillien numéro 2) qui en attend un hypothétiques « ruissellement » ultérieur bénéfique pour la société…
CONCLUSION : BERNARD DE MANDEVILLE ET JEAN-BAPTISTE SAY OU LES ORIGINES DE L’IMPASSE DES PARADIGMES DE L’ÉCONOMIE CAPITALISTE
« Les vices privés font la prospérité publique »
Avec Mandeville (1670 -1733) nous avons l’explication intellectuelle de l’immoralisme dans les sciences économiques et politiques depuis l’origine.
Cet immoralisme recherché et voulu, qui est constitutif de « l’ADN » de la pensée économique moderne, est ce qui empêche toute autocritique rationnelle et moralement vertueuse. Comment réfléchir vertueusement quand le vice est la valeur commune ?
« Les richesses naturelles sont inépuisables,(…) elles ne sont pas l’objet des sciences économiques. »
Avec l’économiste lyonnais Jean-Baptiste Say (1767-1832), nous assistons à l’origine de la plus grave erreur paradigmatique des sciences économiques modernes : l’ignorance des lois physiques fondamentales de la thermodynamique et de l’entropie.
Georgescu-Roegen (1906-1994) et Le Rapport Meadows (1972), ont pointé cette erreur et l’ont corrigé en réaffirmant que  l’exploitation des richesses naturelles, qui sont épuisables et non gratuites, engendre un coût majeur en termes de pollution, de dégradation irréversible des écosystèmes, des cultures humaines, etc.
Les richesses naturelles auraient dû être, dès l’origine, intégrées aux sciences économiques.
Une croissance infinie dans un monde fini constitue une absurdité tant logique que scientifique.
Dès lors, pour sortir de l’impasse civilisationnelle actuelle ne faudrai t il pas  repenser les sciences économiques en inversant ces deux propositions conceptuellement fausses dès l’origine :
Les vertus privées font la prospérité publique !
Les richesses naturelles sont « épuisables » et doivent faire l’objet des sciences économiques !
Le Rétif

« Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». (Jean-Claude Juncker)

L’Union Européenne, ou « l’extrême centre » contre la souveraineté des peuples. Mise en garde à nos amis Norvégiens sur l’entrée dans l’UE.

 

Lors du référendum du 28 novembre 1994, le peuple norvégien avait rejeté de manière très nette et pour la deuxième foi de son histoire, l’adhésion à l’Union européenne, avec 52,2 % de « non ». Cependant, un compromis avait été trouvé à travers l’accord EØS (Espace économique européen), permettant à la Norvège d’accéder au marché intérieur européen sans devenir membre de l’UE.

Le 28 novembre 2024, la Norvège commémorait ainsi l’anniversaire du deuxième « non » à l’adhésion à l’UE. À cette occasion, de nombreux partisans norvégiens du « oui » à l’Union européenne ont pris la parole, exprimant leur souhait de relancer un troisième référendum. Ils affirment que, dans le contexte géopolitique tendu en 2024, la démocratie et l’économie norvégiennes seraient plus fortes et mieux garanties avec une Norvège membre de l’UE, plutôt qu’une Norvège libre et indépendante hors de l’UE.

A travers des citations de leaders européens reprises dans cet article, nous rappelons l’état d’esprit qui structure les convictions politiques de leurs partisans.

Ces citations, illustrées par quelques rappels de faits historiques marquants, sont stupéfiantes par la vision unique qu’elles dessinent, le caractère prométhéen qu’elles affirment, la défiance envers le peuple qu’elles démontrent – et l’hubris dont elles témoignent. A l’instar d’un Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, qui se demandait l’année dernière « pourquoi ne pas contourner la souveraineté » !

Ce trait anti-démocratique de l’UE peut être résumé par le concept d’« extrême centre », avancé par de nombreux analystes politiques critiques.

En 2024, le fiasco du projet libéral-mondialiste européen ne peut plus être dissimulé.

Le bilan est en effet désastreux, comme en témoignent des faits marquants :

  • Un effondrement économique en cours, sur fond de crise écologique majeure et de crise sociale grandissante ;
  • Une crise énergétique généralisée qui sape l’indépendance de l’UE, et qui est symbolisée par un marché de l’électricité spéculatif aussi idéologique, kafkaïen que ruineux ;
  • Une absence de solidarité flagrante lors de la récente crise du Covid-19, comme en témoigne l’Italie, contrainte de faire appel à des médecins cubains et russes, face à l’égoïsme de ses voisins qui se sont repliés sur leurs vieux réflexes nationalistes ;
  • Une diplomatie désastreuse qui a rendu possible la guerre en Ukraine avec le risque sérieux d’un dérapage thermonucléaire généralisé, alors que les objectifs initiaux des fondateurs de l’UE étaient d’éviter toutes nouvelles guerre sur le continent.

Les conséquences de cet échec sont aujourd’hui visibles :

  • Un rejet croissant de l’Union européenne et de ses élites politiques par les peuples ;
  • Une montée des extrêmes droites dans la quasi-totalité des pays ;
  • Une impuissance diplomatique et une perte de légitimité sur la scène mondiale, accompagnées d’une montée du sentiment anti-occidental à l’échelle mondiale, alimentée par les accusations légitimes de « double standard » et d’incohérence avec les valeurs que l’Occident prétend incarner et défendre ;

Les européens ne rejettent pas le principe d’une union des peuples d’Europe en tant que telle, mais l’échec de son projet idéologique actuel. La Constitution européenne de 2005, imposée de manière autoritaire à de nombreux pays, dont la France, a inscrit dans le marbre une orientation exclusivement libérale-mondialiste, limitant toute alternative politique et économique de fond. Qu’en est-il de la démocratie dans ces conditions ? Qu’en est-il des solutions à la crise écologique si la croissance économique est un dogme constitutionnalisé  ?

Le peuple norvégien souhaite-t-il vraiment abdiquer une grande partie sa souveraineté  acquise il n’y a pas si longtemps ?

Nous espérons que les rappels factuels de cet article aideront nos amis norvégiens à prendre conscience du caractère intrinsèquement autoritaire de l’Union européenne telle que définie à ce jour, sans possibilité de changements réels.

L’Europe ne fait plus rêver. Il est impératif de relancer un projet européen véritablement démocratique, porté par les peuples et non contre eux !

 

Recueil de citations et dates clés concernant l’UE :

18 janvier 1957 :

Célèbre discours prémonitoire de Mendès France à l’Assemblée nationale française, dans lequel il refuse le projet d’Europe fédérale (CEE) qu’il considérait incompatible avec la souveraineté démocratique du peuple de France :

 » L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » (Source : Marché commun européen, dans Journal officiel de la République française. 19 janvier 1957, n° 3, p. 159-166.).

 

1992 :

« Le traité de Maastricht est une assurance contre le retour du socialisme en Europe. »

(Alain Minc, dans le cadre des débats liés à la ratification du traité de Maastricht).

Minc reconnait sans détour que l’Union européenne est conçue comme un projet libéral éloigné des aspirations sociales ou démocratiques des peuples européens, sans alternative possible. Le destin mondialiste de l’Europe est scellé.

 

1999 :

« Nous décidons quelque chose, nous le mettons sur la table et attendons un peu pour voir ce qui se passe. Si personne ne proteste beaucoup, parce que la plupart des gens ne comprennent pas ce qui a été décidé, alors nous continuons – pas à pas, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de retour possible.« 

Juncker (lors d’une interview en 1999).

 

2005 :

Référendums : le NON à la constitution européenne gagne très largement en France (54,68%) et aux Pays-Bas (61,54%).

 

2005 :

« Les référendums rendent les choses plus compliquées.« 

JC Juncker, président de la Commission européenne, a exprimé la préférence de la Commission Européenne pour des décisions prises au niveau supranational plutôt que par référendum populaire (Rappel: la commission est non élue et non responsable devant le parlement, et est composee de commissaires nommes directement par les chefs des Etats membres. Il y a donc melange de l’Executif et du Legislatif, en contradiction totale avec les principes de separations ennonces par Montesquieu dans « De l’esprit des lois » (1748)). Juncker considérait la souveraineté populaire comme un obstacle à la mise en œuvre des projets européens…

 

2005-2007 :

Création du groupe Amato, officiellement nommé « Comité d’action pour la démocratie en Europe », présidé par Giuliano Amato (ancien Premier ministre italien), afin de contourner le « non » exprimé démocratiquement par les Français et les Néerlandais. Ce groupe, composé d’experts européens et de responsables politiques pro-oui dont faisait partie Michel Barnier, a proposé le traité de Lisbonne, qui n’était en réalité qu’une reformulation de la Constitution européenne rejetée en 2005.

 

2007 :

Le traité de Lisbonne est ratifié par le Parlement français, contre l’avis du peuple français, qui s’était exprimé par référendum en 2005. Bien que légal, ce vote constitue l’une des violations les plus flagrantes de la souveraineté populaire du peuple français. Cette violation entache l’adoption du traité constitutionnel européen d’une illégitimité démocratique fondamentale dès sa naissance.

 

2007 :

« Bien entendu, il y aura des transferts de souveraineté. Mais serais-ce intelligent d’attirer l’attention du public sur ce fait ? »

(Jean-Claude Juncker, 3 juillet 2007, The Daily Telegraph, dans Mini-traité européen – La Constitution par la force, Paris (éd. Fr.-X. de Guibert), 2007, p. 11, cité par Patrice André).

 

2007 :

« Les outils sont exactement les mêmes, seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils »,

tribune publiée dans Le Monde, Valéry Giscard d’Estaing.

Phrase qui se réfère se réfère à la comparaison entre la Constitution européenne rejetée en 2005 par le peule et le traité de Lisbonne adopté ensuite en 2007 par les deputes . L’ancien président de la Répulique explique que les changements étaient essentiellement formels, tandis que le contenu restait fondamentalement identique mais sous une présentation différente pour éviter une nouvelle opposition populaire.

 

2015 :

« Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».

Citation de Jean-Claude Juncker, prononcée lors de la crise grecque, après l’élection d’un gouvernement de gauche promettant un référendum sur les réformes économiques imposées par l’UE. Juncker rappelle qu’une fois les traités européens ratifiés, les pays sont obligés de respecter les règles de l’UE, indépendamment des résultats démocratiques nationaux, puisque la constitution de l’UE prime sur les parlements nationaux.

Rappel : L’UE dispose de compétences exclusives dans des domaines tels que la politique commerciale, la concurrence, la monnaie (dirigée par la Banque centrale européenne non élue, qui ne rend des comptes à personne), la politique migratoire, les procédures de sanction pour déficit budgétaire excessif, etc. Dans tous ces domaines essentiels, les peuples de l’UE ont perdu toute possibilité démocratique de décider souverainement de leur destin.

Ces pouvoirs de l’UE sont en conflit avec l’article 3 de la constitution française, qui stipule que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. »

 

2023 :

« Pourquoi ne pas contourner la souveraineté ? »

Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, ancien membre du Parti Socialiste français, cité dans l’article « L’aveu des maîtres : ce que prônent ouvertement les élites mondialisées » par Richard de Sèze, 18/11/2024, Le Journal du Dimanche. Pascal Lamy défend lui aussi l’idée que l’UE doit faire fi des souverainetés populaires…

 

22 novembre 2023 :

Le Parlement européen a adopté une résolution préconisant la réforme des traités de l’UE afin de généraliser l’usage de la majorité qualifiée dans le processus décisionnel au Conseil de l’Union européenne. L’objectif est de remplacer les décisions nécessitant actuellement l’unanimité, notamment dans des domaines de compétences exclusives de l’UE (voir ci-dessus), par un système où seule la majorité qualifiée serait requise, entraînant ainsi la disparition du droit de veto.

Ce changement serait majeur, car il rendrait définitivement caduc le Parlement français en faisant de la Commission européenne le seul véritable gouvernement exécutif de l’UE. Tant au Parlement européen qu’à l’Assemblée nationale, les macronistes, les Républicains, le PS, les centristes et les Verts ont voté en faveur de cette extension des pouvoirs de l’UE, actant ainsi leur volonté de supprimer définitivement la souveraineté du peuple français. Au profit de quoi ? De qui ?

Lorsque cette résolution sera ratifiée, l’Union européenne gouvernera durablement sans et contre ses peuples, grâce à une Commission non élue concentrant à la fois les pouvoirs exécutifs et législatifs. Cette « autorité extérieure » pourra ainsi réaliser son vieux rêve techno-oligarchique : se passer des peuples gênants et gouverner seule, abritée derrière le camouflage démocratique d’un parlement croupion.

Il aura fallu 68 ans pour que l’histoire donne raison à Pierre Mendès France…

Le peuple Norvégien veut-il vraiment de cette Europe-là ?

 

OsloKafePhilo le 07/12/2024, (Le Rétif).


La Janteloven, entre humilité et xénophobie…

Depuis mon arrivée en Norvège, le comportement de ses habitants me questionne un peu. Certes, les habitants des pays nordiques ont la réputation d’être discrets, introvertis, voire pas toujours très ouverts. Mais depuis mon installation, je le sentiment de n’avoir créé aucune vraie relation. En tout cas, pas de relation au-delà du simple échange de banalités.

Sans caricaturer, les norvégiens que j’ai pu fréquenter sont en général polis, respectueux, répondent quand on leur parle et peuvent venir en aide si besoin, mais ils m’apparaissent très individualistes, voire indifférents. Ils ne vont pas embêter pour rien, mais ne vont pas non plus venir créer le contact « pour rien ». Ils vont respecter les règles de leur côté mais ne vont pas regarder du tien. C’est parfois un peu frustrant de se sentir invisible dans cette société.

Et puis, je découvris, un peu par hasard, la Janteloven ! Un code de conduite, régissant la vie sociale, une sorte de mentalité commune et qui contient 10 préceptes :

  1. Du skal ikke tro at du er noe. – Ne pense pas être quelqu’un de particulier.
  2. Du skal ikke tro at du er like så meget som oss. – Ne pense pas valoir autant que nous.
  3. Du skal ikke tro du er klokere enn oss. – Ne pense pas être plus intelligent que nous.
  4. Du skal ikke innbille deg du er bedre enn oss. – Ne t’imagine pas être meilleur que nous.
  5. Du skal ikke tro du vet mere enn oss. – Ne pense pas en savoir plus que nous.
  6. Du skal ikke tro du er mere enn oss. – Ne pense pas être plus important que nous.
  7. Du skal ikke tro at du duger til noe. – Ne pense pas être capable de quoi que ce soit.
  8. Du skal ikke le av oss. – Ne ris pas de nous.
  9. Du skal ikke tro at noen bryr seg om deg. – Ne pense pas que quelqu’un fasse attention à toi.
  10. Du skal ikke tro at du kan lære oss noe. – Ne pense pas pouvoir nous apprendre quelque chose

Et là, tout s’éclaire ! Loin de moi l’idée de généraliser cela à tous les Norvégiens, ni de considérer que les osloïtes sont représentatifs de la population norvégienne dans son ensemble, mais cela peut expliquer les comportements que je constate depuis mon arrivée il y a quelques années.

Le site Un tour à Bergen, nous en propose l’analyse suivante : « Ces ordres, où le « tu » (du) désigne l’individu et le « nous » (oss) le groupe, s’adressent à chacun quant à leur rôle et leur place dans la société. Ils doivent être garants de la primauté de l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel et ainsi contribuer à une société égalitaire, que ce soit entre hommes et femmes ou entre différents statuts sociaux. Ils dénoncent toute tentative individuelle de s’affranchir des règles et de se démarquer du collectif, désapprouvent tout sentiment de jalousie et préconisent l’humilité. Personne n’est censé s’élever au-dessus des autres et dicter sa propre loi. »

Alors, preuve d’humilité ? Volonté d’exclusion des autres de son groupe social ? Ce code peut apparaître positif ou négatif. Selon l’angle sous lequel on le regarde, l’applique aux autres et surtout, le subit. Une série d’injonctions qui peut apparaître bénéfique du point de vue du groupe, garantissant son intégrité et sa pérennité, mais qui peut sembler pour les personnes extérieures à ce groupe, excluante. Voire, représenter une forme de xénophobie, dans le sens d’un rejet, d’une peur de l’autre, de l’étranger au groupe (du grec xeno), donc la non prise en compte et la négation de l’altérité, le refus d’accepter l’autre avec ses défauts, mais aussi ses qualités. La négation des apports extérieurs (en terme de connaissances, de compétences, etc.), comme des opportunités, de progresser et de s’enrichir, ensemble.

MKH17

[norsk]

Siden jeg kom til Norge, har atferden til innbyggerne her fascinert meg. Visstnok har innbyggerne i de nordiske landene rykte på seg for å være tilbakeholdne, introverte, og ikke alltid særlig åpne. Men siden jeg flyttet hit, har jeg følt at jeg ikke har skapt noen ekte relasjoner. I alle fall ingen relasjoner utover enkle høflighetsfraser.

Uten å overdrive, fremstår nordmennene jeg har truffet som generelt høflige, respektfulle, de svarer når man snakker til dem og kan tilby hjelp hvis nødvendig, men de virker veldig individualistiske, til og med likegyldige. De vil ikke forstyrre for ingenting, men de vil heller ikke ta initiativ til kontakt « for ingenting ». De respekterer reglene fra sin side, men ser ikke til din. Det kan noen ganger være frustrerende å føle seg usynlig i dette samfunnet.

Så, av ren tilfeldighet, oppdaget jeg Janteloven! Et sett med regler som styrer det sosiale livet, en slags felles mentalitet med 10 påbud:

Og nå blir alt klart! Langt fra å generalisere dette til alle nordmenn, eller å anta at osloittere er representative for den norske befolkningen som helhet, kan dette forklare de atferdene jeg har observert siden jeg kom hit for noen år siden.

Nettsiden Un tour à Bergen gir følgende analyse: « Disse påbudene, hvor ‘du’ refererer til individet og ‘vi’ til gruppen, henvender seg til hver enkelt om deres rolle og plass i samfunnet. De skal sikre prioriteten til det kollektive over det individuelle, og dermed bidra til et egalitært samfunn, både mellom menn og kvinner og mellom ulike sosiale status. De avviser ethvert individuelt forsøk på å bryte reglene og skille seg ut fra kollektivet, fordømmer alt følelse av sjalusi og anbefaler ydmykhet. Ingen skal heve seg over andre og diktere sine egne lover. »

Så, er det et tegn på ydmykhet? En vilje til å ekskludere andre fra sin sosiale gruppe? Denne loven kan virke både positiv og negativ. Avhengig av hvilket perspektiv man ser det fra, hvordan man anvender det på andre og særlig hvordan man selv opplever det. En serie påbud som kan fremstå som gunstige for gruppen, og som sikrer dens integritet og varighet, men som kan virke ekskluderende for de utenfor gruppen. Det kan til og med representere en form for xenofobi, i betydningen avvisning, en frykt for « den andre, » den fremmede i gruppen (fra gresk xeno), som fører til at man ikke tar hensyn til og benekter annerledeshet, og nekter å akseptere den andre med sine feil, men også med sine kvaliteter. Negasjonen av eksterne bidrag (i form av kunnskap, ferdigheter osv.), som muligheter for å utvikle seg og berike seg, sammen.

MKH17

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Tout étranger résidant depuis de longues années en Norvège fait le constat qu’il est très difficile de nouer des amitiés sincères et profondes avec des Norvégiens. L’isolement « affectif » des étrangers en Norvège est un sentiment généralement partage: «prison dorée», «société mentalement froide», etc., sont des constats qui reviennent souvent dans les milieux expatries.

Le film  » Le festin de Babeth  » réalisé par Étienne Chatiliez en 1995 peut être compris comme une illustration de la « Janteloven ». En effet le film souligne l’importance de l’humilité et du collectivisme, en décourageant l’individualisme et le particularisme de chaque individu, même et peut être surtout si cet individu est un étranger au passé dense et riche comme Babeth dans le film. (Son passé en tant qu’institutrice durant la Commune de Paris lui confère une profondeur historique et personnelle, et sa passion pour la cuisine comme moyen d’expression et de partage reflète le contraste entre ses idéaux et les valeurs plus traditionnelles et conservatrices de la communauté dans laquelle elle s’installe).

Le festin final, dans le fim, est une critique radicale de l’étroitesse d’esprit (et d’un certain racisme larvé ?) des villageois enfermés dans les precepts de la Janteloven et incapable de voir les qualités de l’étranger qu’ils hébergent.

Plus généralement, le film interroge la manière dont la différence, donc tout ce qui est étranger, peut être perçue dans un milieu où le conformisme chauvin est la norme. Cela peut même se traduire par un racisme subtil, où les différences sont mal ou pas acceptées.

Rencontrer l’étranger et vouloir le connaître authentiquement, ne présuppose-t-il pas de se mettre en situation de traiter l’autre en égal, et donc d’aller à l’encontre des 10 commandements de la Janteloven ?

Nombreux sont les Norvégiens qui reconnaissent souffrir de cet état d’esprit caractérisé par une froideur et distance sociale.

Une tentative d’analyse de la mentalité norvégienne, est bien illustrée dans le petit livre humoristique (mais sérieux) de Julien S. Bourrelle («The Social Guidebook to Norway, An Illustrated Introduction, Nordmenn, En illustrert innføring).

Une satire du conformisme exacerbé de la société norvégienne contemporaine est également très bien exprimée dans le film Den brysomme mannen (réalisé par le cinéaste norvégien Jens Lien. 2006). Le film utilise l’humour noir pour critiquer le conformisme et l’ennui de la société norvégienne contemporaine. À travers ses personnages et ses situations absurdes, il met en lumière les pressions sociales qui poussent les gens à se conformer à des normes strictes et souvent étouffantes.

Le film illustre comment cette culture du conformisme peut mener à une vie sans passion ni originalité, créant des personnages qui cherchent désespérément à s’affirmer tout en étant entravés par les attentes de leur communauté. C’est une exploration pertinente des tensions entre l’individualité et le collectif, similaire à ce que l’on peut voir dans Le Festin de Babeth, mais avec un ton plus satirique et incisif.

Cette critique du conformisme dans la culture norvégienne résonne avec l’idée que, tout en valorisant l’égalité, la société peut parfois négliger les aspirations individuelles et la diversité.

Le Rétif

[norsk]

Alle utlendinger som har bodd lenge i Norge, opplever at det er svært vanskelig å knytte ekte og dype vennskap med nordmenn. Den « følelsesmessige isolasjonen » av utlendinger i Norge er et generelt delt følelses, og uttrykk som « gullbur, » « mentalt kaldt samfunn, » osv., er observasjoner som ofte gjentas i expat-miljøer.

Filmen Le Festin de Babeth, regissert av Étienne Chatiliez i 1995, kan forstås som en illustrasjon av « Janteloven. » Filmen fremhever viktigheten av ydmykhet og kollektivisme, og avskyr individualisme og særpreg hos enkeltindivider, selv — og kanskje særlig — når dette individet er en utlending med en rik og variert bakgrunn som Babeth i filmen. (Hennes fortid som lærer under Pariskommunen gir henne en historisk og personlig dybde, og hennes lidenskap for matlaging som et uttrykksmiddel og delingsverktøy reflekterer kontrasten mellom hennes idealer og de mer tradisjonelle og konservative verdiene i samfunnet hun slår seg ned i).

Den avsluttende festmiddagen i filmen er en radikal kritikk av den trangsyntheten (og en viss latent rasisme?) til landsbyboerne som er fanget i Jantelovens prinsipper og som ikke er i stand til å se kvalitetene til den fremmede de huser.

Mer generelt stiller filmen spørsmål ved hvordan forskjeller, og alt som er fremmed, kan oppfattes i et miljø hvor sjåvinistisk konformisme er normen. Dette kan til og med manifestere seg som subtil rasisme, der forskjeller blir dårlig eller ikke akseptert. Å møte en utlending og ønske å bli kjent med dem på en ekte måte forutsetter ikke at man behandler den andre som en likemann, og dermed går imot Jantelovens ti bud?

Mange nordmenn erkjenner at de lider av denne holdningen preget av kulde og sosial avstand.

Et forsøk på å analysere den norske mentaliteten illustreres godt i den lille humoristiske (men seriøse) boken av Julien S. Bourrelle, The Social Guidebook to Norway, An Illustrated Introduction, Nordmenn, En illustrert innføring.

En satire av det ekstreme konformismen i det moderne norske samfunnet kommer også veldig godt til uttrykk i filmen Den brysomme mannen( regissert av den norske filmskaperen Jens Lien i 2006. Filmen bruker svart humor for å kritisere konformismen og kjedsomheten i det norske samfunnet i dag. Gjennom sine karakterer og absurde situasjoner belyser den de sosiale pressene som får folk til å tilpasse seg strenge og ofte kvelende normer.

Filmen illustrerer hvordan denne konformismekulturen kan føre til et liv uten lidenskap eller originalitet, og skaper karakterer som desperat prøver å hevde seg mens de er hemmet av forventningene fra sitt samfunn. Dette er en relevant utforskning av spenningene mellom individualitet og kollektivet, likt det man ser i Le Festin de Babeth, men med en mer satirisk og inntrengende tone.

Denne kritikken av konformisme i den norske kulturen resonnerer med ideen om at, selv om likhet blir verdsatt, kan samfunnet noen ganger forsømme individuelle aspirasjoner og mangfold.

Le Rétif


Amorce…

Comme le met en évidence l’extrait de son ouvrage Peau noire, masques blancs, (cf. Citations) Frantz Fanon en appelle à mettre de côté le fait d’être noir ou blanc pour avant tout vivre libre, en tant qu’êtres humains.

Tout comme les êtres humains qui vivent en Palestine devraient arrêter de mettre en avant leur religion (quel que soit le degré avec lequel ils la pratiquent) pour vivre en tant qu’êtres, libres et solidaire.

De manière plus générale mettre fin aux sentiments d’appartenance religieux, nationaux, « raciaux », pour que l’identité de chacun ne se définisse plus sur ces bases, trop souvent source de conflit, mais sur la personnalité propre, sur l’altérité, sur le désir de liberté, de solidarité, d’égalité, etc. Être avant tout des êtres humains…

Une vision idéalisée mais qui se veut une amorce de réflexion et pourrait représenter une porte de sortie pour mettre fin à de nombreux conflits tel le massacre à Gaza…

MKH17